Médecins en situation de crise : comment gérer le stress sous pression
- Thierry Daher
- 12 mars
- 3 min de lecture
Il y a quelques semaines, j’étais à Beyrouth. J’y animais des ateliers d’entrepreneuriat et de leadership à l’incubateur de l’École Supérieure des Affaires, SmartEsa. En parallèle, je poursuivais le programme de formation que je conduis depuis début janvier avec l’unité de soins palliatifs du AUB Medical Center, le plus grand hôpital de la ville. Depuis plusieurs mois, j’y forme des médecins et du personnel médical à la gestion du stress et à la régulation des émotions dans des environnements à haute intensité.
Mais la semaine dernière, la situation a brutalement changé. Des frappes ont touché certaines zones urbaines. Les hôpitaux ont reçu davantage de blessés. Certains membres du personnel médical ont dû évacuer leur domicile. Le sommeil s’est fait rare et la charge émotionnelle s’est intensifiée.
Et pourtant, les équipes médicales doivent continuer à fonctionner.
Dans ces moments, comme dans tous les environnements à haute intensité, l’objectif n’est pas d’éliminer le stress mais d'arriver á gérer le stress sous pression et continuer à penser clairement et agir efficacement.
Quand la pression augmente, la priorité n’est pas la relaxation
Lorsque le stress devient intense, beaucoup pensent qu’il faut se relaxer. Dans des environnements extrêmes - médecine d’urgence, gestion de crise, leadership sous pression - la relaxation n’est pas toujours possible.
La priorité devient différente :
maintenir la stabilité physiologique
préserver la clarté cognitive
continuer à prendre des décisions efficaces
C’est autour de ces trois piliers que j’ai structuré la session spéciale que nous avons organisée avec les équipes médicales.

Trois piliers pour gérer le stress sous pression
Pour fonctionner dans des environnements à haute intensité, trois capacités deviennent essentielles :
• la stabilité physiologique
• la clarté mentale
• l’efficacité opérationnelle
Ces trois compétences permettent de continuer à agir même lorsque la pression augmente.
Stabilité : réguler le système nerveux
Lorsque le stress augmente brutalement, le corps bascule en mode combat-fuite.
La respiration devient rapide et superficielle, le rythme cardiaque accélère et la clarté mentale diminue.
L’un des outils les plus rapides pour stabiliser la physiologie est une technique appelée Respiration Parachute
Le principe est simple :
• Inspiration lente par le nez
• Pause de 3 à 5 secondes
• Expiration rapide suivie d’une expiration lente et complète
Le cycle dure environ trente secondes.
Sur le plan physiologique, cette respiration :
ralentit le rythme respiratoire
diminue la pression artérielle
active le nerf vague
stimule le système parasympathique
Autrement dit : elle aide le corps à revenir vers un état de régulation.
Clarté cognitive : retrouver le focus
Sous pression, le cerveau a tendance à anticiper trop loin. Il tente de résoudre dix problèmes à la fois, ce qui crée une surcharge cognitive.
Un outil simple consiste à se poser une question : quelle est la prochaine action utile ?
Pas dans une heure. Juste la prochaine étape. Cette question ramène immédiatement l’attention sur l’action. À l’hôpital, cela peut signifier se concentrer sur le prochain geste, la prochaine procédure, le prochain patient.
Un petit pivot mental qui restaure la clarté.
Efficacité opérationnelle : récupérer entre deux moments intenses
Dans les longues gardes, le défi n’est pas seulement de gérer les pics de stress. Il faut aussi récupérer entre les moments intenses.
Une technique très utilisée est la technique respiratoire appelée Box Breathing :
Inspirer 4 secondes
Retenir 4 secondes
Expirer 4 secondes
Retenir 4 secondes

Cette respiration stabilise le rythme cardiaque et aide à rééquilibrer le système
nerveux. Elle est utilisée dans de nombreux environnements à haute performance, notamment dans certaines unités militaires.
Pourquoi les micro-pratiques sont les plus efficaces
Ce qui fonctionne dans ces situations n’est pas de longues méditations. Ce sont des interventions très courtes : 20 secondes, 1 minute, 2 minutes maximum.
Ces micro-pratiques peuvent être réalisées n'importe où, n'importe quand : dans un couloir, entre deux patients, pendant une pause.
Elles permettent de stabiliser la physiologie et de restaurer la clarté mentale.
Ce que ces techniques nous apprennent pour le leadership et l’entreprise
La plupart d’entre nous ne travailleront jamais dans un hôpital en temps de guerre.
Mais les principes restent les mêmes dans de nombreux environnements :
leadership
entrepreneuriat
médecine
services d’urgence
situations de décision critique
Lorsque la pression augmente, la capacité à stabiliser sa physiologie et maintenir une pensée claire devient essentielle.
Et parfois, le premier pas vers la clarté commence simplement par une respiration.
Pour comprendre comment le stress agit dans les situations sous haute pression, vous pouvez également lire notre article précédent sur le stress en situation de crise.





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